[Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Loup Solitaire et Astre d’Or
Avatar du membre
Floribur
Président
Messages : 2854
Enregistré le : 10-29-2009
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Floribur » 02-12-2020

Non mais j'avais reconnu, c'est justement pour ça que je citais. ;)

Et tu fais très bien d'ajouter ainsi, par petites touches, un peu de matière, d'épaisseur, au cadre du jeu. Ca contribue à l'immersion.

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 02-16-2020

Nouvel épisode dans les aventures de Mordrum Dur-de-la-Choppe, un scénario de Fantasy générique issu d'un Casus Belli v1 (originellement destiné à GURPS).

Les regrets du comte Arnulf
Mordrum, maîtrisé par Chrysalid (15/02/20)

Hagalas, 5001 PL • 11 jours


Après avoir navigué pendant près d'une semaine à bord de l'Abondance, un navire marchand voguant vers le nord, le nain Mordrum fit escale à un minuscule port de pèche situé sur la rivière Phoen et appartenant au domaine de Sharr. Bien que situé sur les terres de Talestria, l'endroit était frontalier avec le Palmyrion et l'Eldenora. Ici, le nain ne vit que des marins aller et venir pour décharger caisses et tonneaux. Heureux d'enfin quitter le bateau, il partit en quête d'une taverne où se changer les idées et interroger les autochtones sur la suite de sa route. En effet, Mordrum s'était rendu ici suite aux prédictions que lui avaient faites Varkaï, le voyant de Garthen, qui lui avait conseillé de se rendre au nord, "à la frontière des trois terres", s'il souhaitait retrouver Noskel, le mystérieux peintre qui avait réalisé le tableau à l'origine de la chute de la Maison Aleris, à Urtin. Malgré cela, il se demandait s'il avait vraiment envie de retrouver ce personnage étant donné les horreurs dont il avait été responsable... Néanmoins, la question ne se posait guère, car Noskel ou pas, Mordrum devait se rendre vers le nord de toutes façons...

Dans la taverne du Poisson Grincheux, le tavernier lui raconta que Galtin n'était qu'un site de passage et de stockage, et qu'il pourrait avoir toutes les informations dont il avait besoin en se rendant à Kerlin, chef-lieu de Sharr à quelques kilomètres de là. Alors le nain s'exécuta, et il monta la colline qui le mena à un petit village assez morne, dont les habitants lui parurent faibles et mal nourris, mêlés à une population de soldats marqués par une profonde inquiétude. Bien entendu, il voulut en savoir plus dès lors qu'il trouva l'auberge locale, le Loup Pendu. Là, quelques soldats lui racontèrent qu'ils venaient de terminer une longue bataille contre l'envahisseur de la cité d'Ogia, les terribles esclavagistes du nord qui s'en prenaient souvent aux régions environnantes. Cela faisait pas moins de 8 ans que le conflit avait commencé, les soldats rêvant de rentrer chez eux pour retrouver leurs familles.

Et soudain, un homme particulièrement voyant fit son apparition au beau milieu de la morosité ambiante. Vêtu d'un costume coloré taillé sur mesure, portant cheveux longs et bouc taillé au millimètre, l'individu était manifestement un nobliau bien connu des habitants qui s'écartaient sur son passage. Le personnage était précédé par une jeune fille qui n'avait pas 20 ans, et avec qui il venait de partager un moment de grande intimité d'après leurs attitudes. En outre, le nain remarqua qu'elle devait certainement être enceinte. Le nobliau quitta les lieux à grandes enjambées. Mordrum interrogea les soldats qui lui racontèrent que Conrad était son nom, et qu'il fréquentait souvent Lucinda, la fille de l'aubergiste, qui vendait ses charmes à qui en voulait. Et Conrad était l'un de ses clients les plus réguliers ; bien sûr, l'enfant qu'elle portait était certainement le sien. Mordrum découvrait peu à peu les mœurs des humains, et il en éprouvait une répulsion grandissante.

Finalement, il prit une chambre et alla s'installer en espérant profiter d'une bonne nuit loin de tout. Hélas, il fut réveillé au bout de quelques heures par les cris de jouissance de Lucinda et Conrad, depuis la chambre voisine, ne manquaient pas de discrétion. Le nain frappa violemment contre le mur en leur intimant l'ordre de se calmer.

Le lendemain, au matin d'Urkadag, le 6e jour du mois d'Hagalas, Mordrum fut abordé par le fameux Conrad qu'il haïssait déjà. Le nobliau et lui échangèrent sur les mœurs des humains et sur la fille de l'aubergiste, mais Conrad n'en avait cure. Il semblait avoir d'autres préoccupations que cette péronnelle, et même l'état de santé des paysans de Sharr ne lui posait pas de problème particulier, alors que lui-même semblait bien nourri et en parfaite santé. Non, en réalité, il était venu voir le nain pour lui demander son aide. En effet, son oncle le Comte Arnulf était mourant et, ayant perdu tous ses fils lors des batailles de ces dernières années, il désirait grandement retrouver sa fille Aliénor, 14 ans à l'époque, qu'il avait lui-même bannie du domaine 20 ans plus tôt car elle avait fauté avec un palefrenier. Or, il ignorait ce qu'était devenue la jeune fille depuis lors. Ne voulant pas que les choses se sachent, il serait providentiel que Mordrum, parfaitement étranger à la région, mène les recherches. Le nain parvint à négocier en échange de son aide un droit de chasser sur les terres du domaine, afin de fournir un peu de viande aux habitants qui n'avaient vraiment pas bonne mine – sans compter que l'aubergiste semblait ne plus avoir beaucoup de réserves, probablement une conséquence directe de la guerre qui avait fait rage un peu plus au nord. Ainsi fut-il décidé. Néanmoins, le nain se demanda ce que le fameux Conrad pouvait bien gagner dans cette affaire... Le personnage lui semblait parfois assez peu crédible... Serait-il intéressé par le titre de Comte lorsque le moment serait venu ?

Suivant les instructions, Mordrum descendit jusqu'à la ferme de la vieille Mathilda, qui avait été jadis la nourrice d'Aliénor. Au cours de la conversation, le nain apprit qu'Aliénor avait été très amoureuse de Simon, ledit palefrenier. Mais la colère du comte avait tonné comme l'orage, et le jeune homme avait été battu, ligoté et jeté dans le fleuve. Quant à Aliénor, qu'était-elle devenue ? Il faudrait interroger Simon à ce sujet – en effet, la vieille femme était aidée dans sa tâche par l'une de ses filles ainsi que par un jeune homme de 23 ans appelé comme le palefrenier. La coïncidence était trop grosse. Serait-il le fils d'Aliénor ? Impossible, il était trop âgé. Par contre, celui-ci proposa de demander à sa mère, Marianne, qui vivait dans le Bois Noir au nord. Elle-même devait avoir eu vent de cette histoire. Quant à Conrad, Mathilda prit sa défense car il avait toujours été bon avec elle. Certes, il avait essuyé un refus jadis quand il avait demandé la main d'Aliénor, mais il avait très bien réagi lorsque l'incartade avec le palefrenier avait été découverte. Par contre, le revirement du vieux Comte surprit la vieille nourrice qui sembla assez incrédule.
Tout le reste du jour, Mordrum et Simon travaillèrent aux champs, et en échange, le jeune homme le mènerait à sa mère plus rapidement. Finalement, il arriva un évènement imprévu. Le soir même, alors que tous mangeaient au coin du feu, un jeune homme débarqua, paniqué. Il s'agissait d'Albin, le frère de Simon, qui réclamait de l'aide car sa mère était tombée gravement malade. Bien qu'il possédait quelques maigres pouvoirs magiques, le jeune Albin ne pouvait rien contre la maladie. Aussitôt, Mordrum et Simon se précipitèrent dans le Bois Noir pour prêter main forte alors même qu'Albin courait au village pour trouver l'herboriste du village.

Mordrum arriva alors dans le vieux Manoir où vivaient Marianne, Albin, Simon et leur jeune sœur Aletha. Hélas, le nain n'avait aucune expérience en médecine et il ne put leur apporter aucune aide. Il enquêta néanmoins, et apprit qur tous avaient été adoptés par Kartharogne, la sorcière qui jadis vivait ici. Il découvrit aussi qu'Albin et Aletha étaient des jumeaux de 18 ans, et que leur "frêre" Simon avait en réalité été adopté – Marianne l'ayant trouvé errant sur la plage suite à un naufrage, alors qu'il avait juste 6 ans. Et oui, c'est elle-même qui l'avait ainsi baptisé car il n'avait aucun souvenir de sa vie d'avant. Peu à peu, le nain commença à comprendre que Marianne, exilée dans une forêt quelques 20 ans plus tôt et recueillie par une sorcière, était très certainement la fameuse Aliénor qu'il recherchait.
Au beau milieu de la nuit, Albin arriva enfin avec l'herboriste à ses côtés. Celui-ci diagnostiqua une pneumonie et rassura son entourage en leur indiquant le traitement à suivre pour la mettre sur la voie de la guérison.

Le jour suivant, Mordrum quitta la petite famille et décida de se rendre au château du Comte Arnulf, puis il se ravisa. Il avait quelques précisions à demander à Mathilda, aussi rejoignit-il la vieille ferme. Le drodarin se mortifia lorsqu'il tomba sur les cadavres de la vieille nourrice et de sa fille, toutes deux poignardées et baignant dans leur sang. Celui-ci était partiellement coagulé, le double-meurtre avait dû avoir lieu quelques heures auparavent – il n'y avait pas une minute à perdre ! Il retourna alors au manoir au plus vite, traversant collines et forêts sans faiblir. À son grand soulagement, il retrouva la famille en bonne santé, et décida alors de leur raconter toute l'histoire. Il réunit les 3 enfants dans la salle du repas et leur raconta que leur mère Marianne était sans le moindre doute la fameuse Aliénor, ce qui faisait d'Albin et d'Aletha des héritiers directs d'Arnulf. Il leur raconta aussi que tous ici étaient en danger, et qu'il leur faudrait monter une garde constante, ce qu'ils firent.

Au cours de la journée, le nain profita d'un moment où Marianne reprit conscience pour lui poser quelques questions. Elle fut très surprise de l'étendue de ses connaissances sur la question, et sembla également incrédule lorsqu'il évoqua le désir du Comte de la retrouver. Enfin, lorsqu'il lui posa LA question, elle lui avoua qu'elle avait bel et bien porté le nom d'Aliénor dans une autre vie. Cela confirma qu'elle et ses enfants étaient en grand danger, car il soupçonnait Conrad d'avoir tué Mathilda et sa fille. Marianne/Aliénor et ses enfants étaient les suivants, à n'en pas douter.

Rien ne se passa de tout le jour. Par contre, une fois la nuit tombée, un étranger – un sbire de Conrad très probablement – s'introduisit dans le manoir, et commença à distribuer des coups de poignards à tout le monde. Albin tomban, puis Aletha. Le temps que Mordrum n'arrive, Simon fut blessé à son tour. Alors le nain tira avec son fusil de Bor et toucha l'intrus à l'épaule. Ils échangèrent ensuite des coups de poignard et de hache – le nain subit quelques coups assez graves mais il finit par planter sa hache dans la tête de l'assassin.
Fort heureusement, l'incident n'avait fait aucune victime, mais tous nécessitaient des soins urgents...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 02-23-2020

Suite et fin du scénario dans la région de Sharr. Pour la scène finale dans le cimetière, j'avoue m'être directement inspiré du passage avec Roark, dans le tome 6 : La Pierre de la Sagesse :D

Les regrets du comte Arnulf (II)
Mordrum, maîtrisé par Chrysalid (22/02/20)

Hagalas, 5001 PL • 5 jours

Le lendemain, après avoir passé une nuit fort peu confortable dans le couloir du manoir, montant la garde et dormant à moitié, le nain rassembla tout son courage pour se lever et faire une tournée d'inspection. Le corps de l'assassin se trouvait toujours là où ils l'avaient laissé la veille, les trois jeunes étaient toujours allongés dans leurs lits, blessés, tandis que la mère, Marianne/Aliénor, semblait se remettre lentement grâce au traitement.
Albin accepta de se lever pour accompagner Mordrum jusqu'à l'entrée lorsque celui-ci les quitta – il devait barricader la porte derrière lui et boucler tous les volets afin que la moindre intrusion fut toute de suite remarquée. Le nain répugnait à les abandonner ainsi sans protection alors qu'ils étaient tous diminués, mais il n'avait pas le choix s'il souhaitait progresser dans cette affaire.

Il se rendit ainsi au château qu'il trouva en fort mauvais état. Le passage d'un conflit récent l'avait laissé abîmé et à moitié brûlé, seul le donjon où vivait le Comte était encore debout. Là, le nain put rencontrer un homme du nom de Borogon, le capitaine de la garde avec qui il eut un long entretien. Le nain lui raconta tout ce qui s'était passé depuis son arrivée, depuis sa rencontre avec l'arrogant Conrad, et son enquête pour rencontrer quelqu'un qu'il ne nomma pas. Borogon comprit très vite de qui il s'agissait car il avait été présent lors des évènements, quelques 20 ans plus tôt. Il prévint immédiatement son interlocuteur que son nom ne devait en aucun cas être prononcé en ces murs, car cela pouvait le mener directement au cachot. Non, il n'avait pas entendu dire que le Comte Arnulf souhaitait retrouver sa fille et il serait fort surpris que cela fut réel. Il suggéra à Mordrum de laisser tomber cette affaire qui ne pourrait lui apporter que des ennuis. Il sembla néanmoins peiné en apprenant la mort de Mathilda, qu'il avait vaguement connue jadis, ainsi que de sa fille. Outre cela, il fut contrarié qu'un meurtre ait eu lieu sur les terres de son seigneur envers qui il semblait avoir une loyauté sans faille. Néanmoins, il lui refusa une entretien avec le Comte Arnulf car il savait comment cela se terminerait.

Envahi de pensées contradictoires au sujet de cette affaire compliquée, il remonta la colline jusqu'au village où il passa la soirée au Loup Pendu, avant d'aller se coucher, espérant que la nuit lui porterait conseil. Mordrum n'avait pas l'habitude de ces imbroglios tels qu'on ne pouvait en trouver que chez les humains.

Le lendemain, une nouvelle semaine commençait pour le village, avec Kaidag (lundi) pluvieux. Pour l'heure, le nain savait que la fille du Comte et ses enfants couraient un grave danger, mais il n'avait aucune preuve contre Conrad, hormis la forte présomption que par-dessus tout il désirait le pouvoir, au point d'envoyer un assassin sur les traces de sa cousine, depuis 20 ans bannie. Il devait admettre que toute cette affaire commençait à le fatiguer sérieusement ! Il se rendit au château pour annoncer à Borogon qu'il suivrait ses conseils, et qu'il abandonnait l'enquête. Il demanda à voir Conrad pour lui annoncer sa défaite, mais Borogon lui répondit que le jeune noble avait quitté le château tôt ce matin, sans préciser évidemment où il se rendait... Intrigué, Mordrum quitta le château et rejoignit le Bois Noir, où il eut le soulagement de retrouver la petite famille intacte. Ils n'avaient manifestement pas reçu la moindre visite depuis l'assassin de l'avant-veille. Tous discutèrent longuement de la possibilité de quitter les lieux pour se mettre en sécurité loin de là – après tout, Albin avait beau être l'héritier légitime du Comte, celui-ci ne s'intéressait pas au pouvoir. Espérant que cela suffirait à les mettre en sureté, le nain les quitta finalement.

Après avoir marché quelques kilomètres, il finit par tomber dans une embuscade. Trois sbires armés de poignards l'encerclèrent, alors même que Conrad apparut, sans surprise. Le nobliau le remercia d'avoir trouvé Aliénor, qu'il ne manquerait pas de tuer une fois le nain occi. Mordrum n'hésita pas un instant et dégaina son fusil d'un geste et tira sur Conrad qui tomba en arrière. Dans la seconde, les trois sbires l'attaquaient, lui portant plusieurs douloureuses blessures. Mordrum comprit qu'il n'aurait pas le dessus et décida de s'enfuir alors même que Conrad se relevait en le maudissant. Le drodarin, poussé par son adrénaline, parvint à surmonter de nombreux obstacles et finit par arriver dans un vieux cimetière abandonné, envahi par la végétation. Il trouva très vite une cachette et attendit en rechargeant son arme. Un premier sbire arriva qui repéra vite le nain. Puis un second. Lorsque le 3e survint à son tour, le nain venait d'achever son premier adversaire. Lorsqu'il réussit à tuer son second opposant, il n'était plus du tout en état de combattre qui que ce soit. Alors Conrad arriva. Tout en se lançant dans un véritable monologue de méchant, il exhiba une amulette et commença à psalmodier une incantation aux accents inconnus, mais dont la seule mention lui fit froid dans le dos. À cet instant, tout le cimetière sembla s'animer. Des mains griffues et des crânes vides émergèrent de la terre, les stèles s'afaissèrent et des pierres tombales se brisèrent. Le 3e sbire se figea, en proie à la terreur la plus glaciale. Mordrum leva son arme et tira sur Conrad qui tomba en arrière. Mais alors qu'il tentait de se relever, les mains griffues l'attrapèrent, et il hurla de terreur. A son tour, le 3e sbire fut attrapé par des morts-vivants. Le nain, quant à lui s'enfuit à toutes jambes. Il fut bien tenté d'attraper l'amulette de Conrad, qui s'agitait entre les mains des non-morts, mais la peur l'en empêcha. Il disparut à toutes jambes dans la forêt, poursuivi par les hurlements des imprudents qui se faisaient massacrer dans le vieux cimetière... Combien de temps détalla-t-il ainsi dans les bois, en proie à la terreur ? Il lui fallut atteindre la rivière pour reprendre ses esprits. Il retourna à l'auberge du Loup Pendu pour espérer y prendre quelque repos, mais la scène de cauchemar ne le quitta pas pour autant.

Le lendemain, le 10e jour du mois d'Hagalas, il retourna voir Borogon pour lui raconter tout ce qui s'était passé depuis la veille, puis il réclama une audience avec le Comte. Enfin, il put rencontrer le vieil homme blessé. Pendant longtemps, il tenta de lui raconter son histoire en évitant de parler de 'la personne dont on taira le nom', jusqu'à ce qu'Arnulf, fatigué de toutes ces énigmes, finisse par comprendre qu'il s'agissait d'Aliénor, la 'catin' qu'il avait bannie 20 ans plus tôt. Il se mit alors dans une colère noire et fit mettre Mordrum au cachot – ce que Borogon fit lui-même, car il l'avait prévenu maintes fois avant. Mais Mordrum en profita surtout pour y prendre quelque repos.
Après une nuit derrière les barreaux, le capitaine de la garde escorta lui-même le drodarin jusqu'au port où il espérait bien le voir quitter le Comté de Shaar de ses propres yeux. Mais pendant le trajet, Mordrum lui parla d'Aliénor et de ses deux enfants légitimes. Dont un garçon. Comme le Comte n'avait plus d'héritier, peut-être serait-il intéressant de rencontrer ce jeune homme, un bon garçon à n'en pas douter. Borogon accepta d'aller les voir à l'occasion.

Mais alors que Mordrum montait à bord d'un navire en partance vers le nord, il se dit que l'histoire entre Arnulf et Aliénor n'était peut-être pas tout à fait terminée...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 03-01-2020

Le mystère d'Yrsonor
Chat Silencieux, Tobiah et Elwing (29-fév-20)

Uras, 5000 PL
À l'issue de leur aventure dans les environs de Chamblay, Chat Silencieux et Tobiah étaient repartis vers le nord. Le Seigneur Kaï s'en était retourné vers son Monastère tandis que le Mage du Dessi se contenta de l'accompagner afin de découvrir la prestigieuse institution qui formait les fameux héros du Sommerlund. Et s'il fut heureux de visiter le bâtiment, il trouva néanmoins l'endroit un peu plus frustre que ce à quoi il s'était attendu. À quoi s'était-il attendu d'ailleurs ? Mais les Seigneurs Kaï, les professeurs comme les aspirants, lui firent bon accueil et lui réservèrent une place dans leurs rangs, le temps de son séjour. Pendant ce temps, il logea dans l'une des chambres des visiteurs. Il eut tout loisir de voir les jeunes participer à un entraînement constant, tant à des séances de méditation qu'à un travail physique requérant concentration et sérieux. Il croisa parfois Chat Silencieux, mais ne parvint pas vraiment à "briser le mur". En effet, le jeune homme semblait enfermé dans un mur d'indifférence, voire de colère, dont il ne l'avait pratiquement jamais vu sortir. Et pour tout dire, durant tout son séjour, il ne lui vit même aucun ami dans les rangs des Seigneurs Kaï.

Puis un jour, au cours du mois d'Urus, Tobiah remarqua une frêle silhouette en robe bleue traverser le réfectoire, affichant un visage délicat, une chevelure cendrée parfaitement entretenue et une robe tirée à quatre épingles. Plutôt habitué à ne voir que des gens en costume vert portant arme et capuche, il s'approcha de la jeune femme et tous deux commencèrent à deviser comme s'ils se connaissaient déjà, naturellement rapprochés par leur marginalité. La nouvelle venue, qui ne devait pas avoir plus de 15 ou 16 ans, s'appelait Elwing et appartenait à la Confrérie de l'Étoile de Cristal. Elle était de passage au Monastère Kaï pour y effectuer une livraison, mais ne pouvait en repartir car une tempête s'était levée au-dehors.

Une procession d'élèves envahit le hall à cet instant, parmi eux le fameux Chat Silencieux qui vint échanger quelques paroles avec Tobiah. Presqu'ironique, il lui demanda ce que son intuition lui avait soufflé ce matin, puis il se tourna vers la jeune femme avec qui la conversation ne fut pas beaucoup plus longue. Il y fut question de la tentative d'attentat qui avait eue lieu à Toran quelques mois plus tôt, et qui avait été déjouée par une de ses connaissances, une sœur de l'Étoile de Cristal appelée Lorelei. Ces quelques mots échangés suffirent à ce qu'Elwing le trouve odieux, voire hautain. Tous trois furent interrompus par un jeune homme nerveux, Belette Furtive, qui apprit à Chat Silencieux que Maître Corbeau de Neige souhaitait lui parler dans son bureau. Sans ciller, le jeune homme s'engagea aussitôt dans les couloirs sans demander de détails, aussitôt suivi par Tobiah qui avait l'intuition que les choses allaient enfin bouger, et par Elwing elle-même que le Mage du Dessi tirait par le bras car il sentait qu'elle devait les accompagner.

Dans la Tour du Soleil, tous trois eurent ainsi l'occasion de rencontrer le Maître Kaï qui fut surpris de voir arriver trois personnes alors même qu'il n'en avait convoqué qu'une seule. Comme il connaissait Chat Silencieux, il fut surpris de le voir accompagné d'amis. Le novice lui répondit clairement que Tobiah était un allié efficace (mais non un ami), et qu'il ne connaissait pas Elwing (d'ailleurs, que faisait-elle ici ?). Mais Corbeau de Neige continua à les désigner sous le nom d'amis.
Au cours de l'entretien, il leur parla du village d'Yrsonor, situé à 45 kilomètres au nord du Monastère. Or, le seigneur du domaine avait fait construire une aile à son châtelet, qui s'était effondrée sur les ouvriers pas plus tard que la veille au soir ! Il leur fallait se rendre sur place au plus vite pour apporter leur aide au sauvetage des victimes. Tobiah et Elwing comprirent que Corbeau de Neige leur demandait de participer à l'effort de mission, Chat Silencieux fut plus mesuré sur la question.
Tous montèrent à bord d'un chariot qui fut mis à leur disposition, que le conducteur poussa sur la route afin qu'ils arrivent rapidement à destination, bravant la tempête qui s'était considérablement rafraichie depuis ce matin.

Le village d'Yrsonor était situé dans les hauteurs des montagnes de Durncrag, avec une belle vue sur les plaines et forêts alentours. Il était entouré de pâturages et la culture de la laine de mouton semblait être sa principale activité. A ce titre, la taverne locale, qui appartenait à un tenancier du nom de Sanus, s'appelait La Pelote de Laine. Lorsqu'ils y entrèrent pour se renseigner, c'est la petite Elwing qui prit la parole, représentant l'équipe de sauveteurs envoyés par le Monastère Kaï. Sanus fut plus que surpris lorsqu'il jaugea la frêle et délicate jeune femme qui s'adressait à lui, mais la présence à ses côtés d'un Seigneur Kaï taciturne le rassura quelque peu. Le tavernier leur indiqua la route et, sur l'impulsion d'un Chat Silencieux toujours aussi impénétrable, tous trois de s'y rendre sans prendre le temps de s'accorder un repos. Mais la situation requerrait une intervention immédiate, le repos attendrait.

Plus haut, ils virent ainsi le chantier au sein duquel évoluaient des ouvrier, pelles et pioches à la main. Alors même que Chat Silencieux s'engageait aussitôt dans une exploration de la zone, Tobiah et Elwing allèrent parler à Sionas, propriétaire des lieux et magiciens à ses heures, qui leur fit une rapide visite et leur apprit qu'il avait perdu environ 10 hommes dans le drame survenu la veille au soir. Il évoqua aussi la présence d'un curieux phénomène local qui semblait avoir un effet indésirable sur la magie.
Les trois envoyés du Monastère se joignirent aussitôt aux équipes de sauvetage et, ne négligeant par leurs efforts, les heures passants, parvinrent à en retrouver un, puis un second, puis finalement tous les ouvriers manquants. Hélas, seul un petit nombre d'entre eux avaient survécu à l'effondrement. Par contre, ils firent une découverte qui les inquiéta : tous les corps portaient des marques de morsures que nul ne parvint à identifier. En outre, il y avait de nombreux tunnels de faible diamètre un peu partout dans la zone. Quel genre de créatures avait bien pu provoquer cela ?
Les trois envoyés du Monastère poursuivirent leurs investigations jusque tard dans la nuit et finirent par dégager un passage vers un tunnel assez grand pour s'y glisser, lorsque la fatigue les terrassa enfin. Ils se firent un abri dans la tour, allumant un feu pour se réchauffer en espérant pouvoir dormir malgré les conditions.

Ils furent tous trois réveillés le lendemain matin par l'arrivée massive des ouvriers. Ils tentèrent bien de les dissuader de reprendre le travail, qu'ils craignaient de voir provoquer un autre éboulement, mais le maître d'œuvre les ignora proprement, leur reprochant même d'avoir allumé un feu "dans sa tour". Ce sinistre individu avait des délais à respecter, et la mort de quelques ouvriers ne semblait pas l'émouvoir plus que cela.

Sur cet échange houleux, les trois envoyés du Monastère s'approchèrent alors du trou qu'ils avaient mis au jour la veille au soir. Ils s'encordèrent, et Chat Silencieux prit la tête. Mais le passage restait étroit, et il eut bien du mal à avancer à quatre pattes, bouclier dans une main et lanterne dans l'autre, au point que finalement, Tobiah, moins chargé en équipement, finit par lui grimper sur le dos pour lui passer devant. Un peu plus loin, le passage s'élargit et leur permit de se redresser. Ils se détachèrent de la corde, qui n'allait pas plus loin, et poursuivirent leur investigation. Plus loin, ils finirent par tomber sur un véritable nid de créatures pour le moins effrayantes : il s'agissait d'une famille de VAZAGHS, littéralement des hommes-rats, qui leur fondirent dessus avec toute la rage possible. Les créatures, fort heureusement de petite taille, les attaquèrent en poussant des piaillements, ne pouvant se tenir nombreux dans ces tunnels réduits, ce qui donna un avantage aux deux compères.
Finalement, lorsqu'ils transpercèrent le dernier de leurs assaillants, le Seigneur Kaï s'engagea seul dans le tunnel à la rencontre du maître des lieux, en réalité la mère de la petite tribu. Chat Silencieux comprit trop tard que la créature, les yeux rouges et en proie à une colère légitime, allait tout mettre en oeuvre pour le massacrer. Il se défendit comme il le put alors qu'elle fondit sur lui, parant certaines de ses attaques et portant quelques coups d'épées lors des rares occasions qui s'offraient à lui, mais il se sentit largement surpassé. De son côté, Tobiah le canarda de flèches, et Elwing qui avait fini par les rejoindre, s'affaira à lui lancer tout ce qu'elle pouvait. Ainsi, Chat Silencieux vit passer une torche (qui manqua sa cible), une chaussure (qui manqua sa cible), une seconde chaussure (qui manqua sa cible) et enfin une cruche (qui manqua sa cible).
Finalement, lorsque le monstre pétri de haine porta son dernier coup au Seigneur Kaï, qui tomba inconscient, la petite femme en robe bleue fut à son tour prise de rage. Elle dépassa Tobiah et chargea pieds nus dans le couloir jusqu'au monstre sur lequel elle se jeta avec une telle force qu'elle le fit basculer en arrière. Déjà profondément blessé par l'épée de Chat Silencieux et les flèches de Tobiah, la bête fut vaincue.

Les deux mages trainèrent le Seigneur Kaï jusqu'au-dehors où la jeune fille lui prodigua quelques soins. En attendant qu'il reprenne conscience, Tobiah fit son rapport à Sionas.

Pour terminer avec cette intrigue, Elwing retourna dans les galeries pour y récupérer ses affaires, et c'est là, à la lumière vascillante de sa simple bougie, qu'elle repéra un courant d'air. Un passage caché ? Elle n'osa pas y toucher, de peur de découvrir ce qu'il y avait derrière, mais une fois mis au courant, Sionas n'hésita pas, quant à lui, à dégager la terre pour découvrir un couloir de pierre, inconnu jusque là, entièrement construit de main d'homme. Curieusement, il eut l'air plus fébrile que surpris...
Modifié en dernier par Chrysalid le 03-15-2020, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 03-08-2020

Cette séance est inspirée d'un scénario de Baron Zero, Dans la Forêt de Blanctronc pour D&D. Toutefois, l'histoire tourne court en plein milieu de l'action pour prendre une direction que je n'ai pas vue venir…
Attention aux dates, cette aventure n'est pas la suite du Mystère d'Yrsonor mais plutôt des Regrets du Comte Arnulf.

Dans la Forêt d'Oxalar : Un dernier repas chaud
Mordrum et Elwing, maîtrisé par Chrysalid (08/03/20)

Hagalas, 5001 PL • 6 jours


Le navire voyagea à grande vitesse jusqu'à la cité de Briona, dans le Delden, qu'il atteignit au soir du 12 hagalas. Ici, les nombreux soldats et mercenaires embarqués descendirent pour rejoindre diverses affectations tandis que le nain Mordrum s'engagea aussitôt sur les routes. Il quitta la cité portuaire par la porte ouest et atteignit rapidement le village d'Aris où il croisa la route d'une caravane, dont les responsables Stanley et Kalmart embauchait des bras armés pour assurer leur défense. Hélas, tous les soldats de la région étaient réquisitionnés par les villes, et il ne restait que peu de personnel disponible pour ce genre de missions. Comme ils prenaient la même route, le nain décida de les accompagner. Durant la soirée, dans la salle principale de l'auberge du Buveur de Bière, Mordrum rencontra à son grand désespoir une jeune femme délicate à la magnifique robe bleue, aux cheveux richement apprêtés et au port de princesse. Elle s'appelait Elwing et était envoyée par la Guilde de l'Étoile de Cristal, dans le Sommerlund, pour enquêter sur les incursions glocks. Hélas, elle était manifestement issue d'une famille de la haute société et ne supportait guère les manières des paysans des environs ; sans même parler de celles du nain. Leurs premiers échanges furent houleux.

Le lendemain à la première heure, toute la caravane quitta le village en direction de l'ouest, accompagnée par Mordrum et Elwing. Le soir, ils atteignirent la cité talestrienne de Luukos où la jeune magicienne eut le bonheur de rencontrer deux nouveaux venus dans la procession. Maître Hrafn était un riche marchand à la mise impeccable et au noble charisme, et sa fille Elisabet était une jeune beauté à la longue chevelure rousse. Évidemment, Elwing trouva en eux de parfaits interlocuteurs, et tous trois passèrent la soirée à deviser de choses et d'autres. Bien entendu, lorsque la caravane quitta Luukos le lendemain, Elwing ne quitta pas ses nouveaux amis d'une semelle.

La première journée de voyage ne fut pas des plus faciles, car les chariots s'embourbaient régulièrement dans les chemins de terre, ce qui nécessitait des interventions musclées de la part de tous les hommes – Maître Hrafn et sa fille ne participaient pas à ces actions, de même qu'Elwing qui n'osait guère mettre les pieds dans la boue. Très vite, elle s'attira des regards de mépris de la part du groupe.
Le lendemain, dernier jour de la semaine, les voyageurs découvrirent un cadavre en lisière de la forêt d'Oxalar. Elwing reconnut là les morsures de loups maudits, ce qui ne manqua pas d'alerter les autres membres de la caravane : des loups maudits, ici ? Ces derniers temps, les glocks s'emblaient s'être tenus tranquilles dans la contrée... ce temps calme était-il terminé ? Dès cet instant, le voyage se poursuivit dans le silence, chacun restant sur ses gardes. De son côté, Elwing termina le voyage dans le silence. Son esprit vagabondait jusqu'au Sommerlund, où les préparatifs de la fête du Maesmarn devaient commencer à se mettre en place lentement...

Au soir du 3e jour de voyage, ils arrivèrent au Fort Garda, une tour de guet talestrienne où les miliciens leur firent payer une taxe. On leur raconta que le domaine d'Ogia étant proche, ils effectuaient une surveillance constante. Mais le faible nombre de leurs effectifs ne leur permettait hélas qu'une efficacité toute relative. Bien sûr, le convoi passerait la nuit ici. Au cours de la soirée, Stanley convoqua Mordrum pour lui demander de rester ici durant les prochains jours. En effet, Kalmart et lui devaient poursuivre leur voyage vers Zaman le lendemain, mais Maître Hrafn et sa fille devaient rester ici jusqu'à leur retour, et il souhaitait que le nain demeure pour les protéger. Cette demande sembla suspecte au point que le nain et Elwing en viennent à se poser des questions sur le père et sa fille. En effet, au cours du trajet, les deux nobles leur avaient parfois paru distants malgré leur sympathie apparente, comme s'ils cachaient quelque chose. Les deux aventuriers mirent leurs différences de côté pour entamer une enquête. De fait, au cours de la soirée, la jeune Elwing alla parler avec Elisabet, tentant une approche un peu plus directe qu'à son habitude, plutôt réservée. Mais la fille du marchand réagit fort négativement, ce qui mit fin à la conversation. Alors la jeune sommerlundoise se tourna vers le marchand à un moment où il se trouvait seul. Usant de sa magie d'Envoûtement pour le mettre dans de bonnes dispositions à son égard, elle tenta de lui faire un peu de charme pour qu'il lui raconte un peu son histoire, et à son grand dam, il lui avoua que malgré leur différence d'âge, il était tombé follement amoureux d'elle et ne rêvait que de faire son bonheur ! Il lui tint la main et tenta de l'embrasser à maintes reprises, étant devenur bien plus entre­prenant qu'elle ne l'avait escompté ! Caché derrière un fourré, Mordrum réalisé que leur plan allait peut-être un peu trop loin. Il s'interrogea ; devait-il intervenir ? Mais Elwing, bien que fort décontenancée par la tournure des évènements, en profitait pour lui poser des questions. Elle put ainsi apprendre que Maître Hrafn avait quelques problèmes de paiements avec un associé et qu'il devait se cacher quelques temps, histoire que les choses se tassent. Il reviendrait à la ville pour régler ces affaires dès que possible, mais dans l'immédiat, il se devait d'un minimum de discrétion. Enfin, la jeune mage parvint à se dégager et s'enfuit retrouver le nain.

Le lendemain, Mordrum et Elwing quittèrent la tour de Garda dès la 1re heure en direction de l'ouest. En effet, chacun d'eux était venu dans la contrée avec une mission bien spécifique, et la route que prenait la caravane ne les intéressait pas. En outre, ils n'avaient que faire de ce marchand et de sa fille et n'avaient aucun intérêt personnel à les protéger de quoi que ce soit. Ils souhaitaient rester ici, dans une région dangereuse, pour se mettre au vert ? Qu'à cela ne tienne, ils étaient au courant des dangers.

Des heures durant, le nain et la magicienne marchaient vers l'ouest. A deux reprises, ils durent se dissimuler dans les fourrés afin de se soustraire à la vue de deux escouades entières de glocks et d'hommes sauvages venant en sens inverse. Apparemment, ces groupes se rendaient en direction de Fort Garda. Allaient-ils attaquer ? Mais les deux voyageurs poursuivirent leur route jusqu'à Fort Varn, une nouvelle tour de guet, où ils furent accueillis par le capitaine Belkin et ses deux recrues...
Modifié en dernier par Chrysalid le 03-16-2020, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 03-15-2020

L'orbe ancien (suite du Mystère d'Yrsonor)
Chat Silencieux et Tobiah (14-mar-20)

Uras, 5000 PL

Après avoir passé deux jours à se reposer et panser leurs blessures dans une chambre mise à leur disposition par le propriétaire du manoir, à Yrsonor, les aventuriers envisagèrent de retourner au Monastère Kaï pour faire leur rapport quant au succès de leur mission. Toutefois, Sionas vint les trouver pour leur demander un dernier service. En effet, il leur avoua qu'il s'attendait à trouver quelque édifice ancien dans les environs, bien que d'après ses calculs, celui-ci aurait dû se trouver un peu plus en amont. En effet, sa famille recherchait un artefact ancien dans la région et ce, depuis plusieurs générations. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait fait construire son manoir ici même.
Au début, Chat Silencieux lui fit comprendre que la mission pour laquelle le Monastère Kaï les avait envoyés était accomplie. Les ouvriers étaient tous retrouvés et la menace des Vazaghs était écartée – quand bien même la présence de telles créatures ici en Sommerlund avait un je-ne-sais-quoi d'inquiétant. A présent remis sur pieds, le jeune Seigneur Kaï se devait de retourner auprès de ses maîtres faire son rapport. Mais Sionas lui présenta les documents que sa famille et lui étudiane depuis des décennies, et il lui montra qu'il avait existé jadis un consortium de sages et de magiciens ayant regroupé leurs connaissance dans le but de créer un objet puissant capable d'affronter les Maîtres des Ténèbres. Hélas, s'il avait fini par localiser l'emplacement approximatif de leur antre, il ignorait tout ce qui concernant l'objet en question.
Évidemment, la mention d'un objet capable d'affornter les éternels ennemis du Sommerlund fut un argument de poids, et Chat Silencieux accepta de mauvaise grâce d'aller visiter les tunnels que leur récente incursion avait mis à jour.

Ainsi, au matin de midvoka, le 21e jour du mois d'Uras, le Seigneur Kaï retourna dans les grottes des vazaghs, accompagné de Tobiah que l'endroit intriguait. Ils profitèrent qu'Elwing se fut absentée à la Pelotte de Laine pour envoyer un message à ses maîtres, afin d'y aller sans elle, l'endroit pouvait être dangereux. A la lumière de leurs lanternes, ils s'engagèrent alors dans cet ancien repaire, qui devait exister depuis des âges très anciens, à la recherche de cet artefact dont ils ignoraient tout.
Ils avancèrent avec prudence, mettant à jour d'anciennes chambres et diverses salles de réunion ou d'études. Ici et là, ils découvrirent un pendentif au motif d'étoile et un autre au motif de lune. Bien que Kaï et Ishir semblaient avoir été présents dans les croyances de ces sages anciens, la déesse de la lune semblait avoir préséance.

Au bout d'un couloir, ils furent arrêtés par une épaisse porte à deux serrures massives, et espérèrent trouver les clés correspondantes au cours de leur exploration.
Par chance, ils découvrirent un passage dissimulé dans une grande salle, au bout duquel l'une des grosses clés recherchées pendait au bout d'une corde.
Dans une salle innondée, ils durent résoudre une énigme impliquant des vasques de 3 et 5 gallons ; le but étant de réussir à en cumuler 4. Là, ils trouvèrent une petite clé.
Plus loin, ils mirent le feu à une pièce envahie de petits serpents, hélas trop nombreux pour pouvoir être évités sans danger. Au fond de la pièce, un SERPENT GÉANT était lové autour d'un coffre de bois. Chat Silencieux l'affronta, épée à la main, soutenu par les flèches acérées de Tobiah, jusqu'à ce qu'un coup d'épée bien placé mette fin à la menace. Enfin, dans le coffret qu'ils purent déverrouiller avec la petite clé, ils découvrirent une seconde grosse clé.

De retour devant la double porte, ils l'ouvrirent et accédèrent à une salle décorée de motifs d'étoiles, de soleils et de lunes. De tels motifs se retrouvaient sur les dalles au niveau du sol ; Chat Silencieux flaira là un piège. A l'aide de son épée, il testa différentes dalles et constata qu'en pressant celles qui portaient le motif solaire, cela déclenchait un piège à fléchettes. De fait, ils purent traverser sans peine : au fond, un gros orbe de verre noir trônait sur un piédestal de pierre. Ils hésitèrent à le toucher, alors Tobiah usa de son don de prescience pour tenter de deviner s'il serait dangereux de s'en emparer. Son intuition le rassura, et il put ramasser l'artefact.
Puis les deux aventuriers quittèrent les lieux.

Par contre, une fois dehors, ils refusèrent de livrer l'artefact au Seigneur Sionas. Il leur semblait indispensable que les sages de Toran y jettent un œil avant d'envisager de le laisser entre les main d'un magicien indépendant. Bien qu'il fut profondément déçu de ne pouvoir mettre la main dessus immédiatement, il comprit le choix des aventuriers et accepta de les accompagner au Monastère Kaï où il leur faudrait se rendre à présent...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 03-29-2020

Retour au Monastère
Chat Silencieur et Tobiah (28-mars-20)

Uras, 5000 PL

Au lendemain de leur exploration souterraine, le 25e d'Uras, Chat Silencieux et Tobiah du Dessi prirent la route du sud en direction du Monastère Kaï, accompagnés par le magicien Sionas qui ne souhaitait pas quitter l'Orbe Ancien depuis sa découverte. N'ayant plus de chariot à disposition, ils effectuèrent le voyage à pied, arrivant finalement à destination dans la matinée de Liodag, le 27e d'Uras.
Mais une surprise de taille les y attendait : le Monastère était silencieux et ses portes étaient closes. Le jeune Seigneur Kaï avait beau héler, nul ne vint lui ouvrir. Inquiet, il longea le mur d'enceinte par la droite et se rendit à la Poste Est qu'il trouva ouverte, mais devant laquelle un homme en guenilles était assis d'un air nonchalant. Celui-ci s'appelait Corin et, mendiant, il lui arrivait parfois au cours de l'année de se rendre au Monastère Kaï où il recevait toujours un bon accueil. Mais cette fois-ci, il avait trouvé les lieux déserts et n'avait pas osé entrer. Et cela faisait bien trois jours qu'il espérait voir un être vivant ! Le Monastère était désert depuis trois jours ? En effet, les seuls individus qu'il avait rencontré en arrivant trois jours plus tôt étaient un groupe d'individus dont une femme à la silhouette filiforme et un homme "fort-en-gueule" qui venait manifestement d'ici. Mais cette description ne rappela rien ni personne à Chat Silencieux.
Tous entrèrent alors dans l'enceinte et constatèrent effectivement que la grande place, habituellement grouillante d'activité, ne présentait pas le moindre signe de vie. Il y avait bien deux gardes qui dormaient à proximité, mais ils ne réagirent à aucun stimulus, pas même lorsque Chat Silencieux leur donna quelques coups de pieds. Alors ils commencèrent à visiter les lieux, et trouvèrent ici et là des occupants de la noble institution, installés à leurs postes respectifs, mais systématiquement endormis et impossible à réveiller. C'est dans le réfectoire, situé au-dessus de l'armurerie, qu'ils trouvèrent l'essentiel de la population, mais évidemment, tous dormaient profondément. Alors le mage du Dessi usa de son pouvoir pour tenter de déceler l'éventuelle nature magique de ce sommeil inexplicable, mais il ne sentit rien.
Derrière eux, Corin s'était installé à une table et avait commencé à manger sous le regard attentif de Chat Silencieux. Peu après, le mendiant s'endormit sans pouvoir rien faire pour lutter contre cela – la nourriture était donc droguée. Parmi les victimes, il repéra un élève qu'il connaissait, Écureuil Malicieux, qu'il tenta de réveiller avec une giffle bien placée, mais celui-ci parvint à peine à entr'ouvrir les yeux. Lorsque Chat Silencieux lui parla de l'état dans lequel se trouvait tout le Monastère, celui-ci évoqua les étrangers venus un peu plus tôt, qui avaient demandé à rencontrer le doyen Chant des Tempêtes. Enfin une piste ! Le jeune homme quitta les lieux à grandes enjambées et se rendit aussitôt dans la Tour du Soleil où il trouva le bureau du doyen. Mais sans surprise, celui-ci ronflait profondément, la tête posée sur son bureau. Il ne fut pas aisé de l'extirper de son sommeil, et le jeune apprenti n'eut d'autre choix que de lui administrer une violente giffle, grâce à laquelle notamment, Chant des Tempêtes souleva lourdement la tête. Depuis les profondeurs de son état léthargique, il reconnut la voix de Chat Silencieux, et comprit immédiatement ce qui se passait lorsque celui-ci lui parla du Monastère endormi. En réponse, il lui répondit : "C'était les feuilles de moutarde". Puis il retomba dans le sommeil.
Mais le jeune homme n'eut pas le temps de réfléchir à ce fameux épice que déjà, un cri retentissait dans la cour. Il quitta donc le bureau quatre à quatre et déboula dehors – le cri provenait des cuisines : l'un des jeunes assistants du cuisinier venait de se réveiller, et il découvrait le désastre ! Chat Silencieux et Tobiah le calmèrent, et il leur avoua que les dernières personnes à être venues au Monastère étaient envoyés par Garath d'Homlgard, fournisseur officiel de toutes sortes de denrées telles que, oui, les épices.
Peu à peu, une piste se formait autour des fournitures expédiées par Holmgard. Le mage du Dessi tenta même d'exploiter l'Orbe Ancien récupéré à Yrsonor, en espérant voir quelque indice, mais les images qui prirent naissance dans la sphère furent des plus nébuleuses. Chat Silencieux décida alors de se rendre à Holmgard pour interroger ce Garath, il prit un cheval à l'écurie, Tobiah monta en croupe, et tandis que Sionas et le jeune assistant de cuisine s'occuperaient du Monastère en leur absence, les deux aventuriers s'élancèrent sur la route au grand galop. Régulièrement au cours du trajet, Tobiah interrogea son intuition pour savoir s'ils suivaient la bonne route, et peu à peu, il devenait évident que c'est à Holmgard qu'ils devaient se rendre. Ils mirent quelques heures à quitter la forêt, et finirent par traverser le pont d'Alema. Mais lorsque la nuit tomba, ils sentirent leur monture s'épuiser considérablement. Finalement, ils lui rendirent sa liberté et poursuivirent leur route à pieds.

Tobiah et Chat Silencieux parvinrent enfin à Holmgard au beau milieu de la nuit. Les gardes les laissèrent entrer lorsqu'ils reconnurent l'uniforme des Kaï, puis les deux hommes exténués s'enfoncèrent dans les rues sombres, tout juste éclairées par de petites lanternes accrochées aux carrefours, à la recherche d'un lieu où dormir. Par chance, en suivant la longue Avenue de la Madelon, qui donnait plein sud, ils finirent par découvrir la taverne du Chant Gris, où la tenancière leur accorda un lieu où dormir car elle semblait avoir un respect particulier pour les Kaï.

Le lendemain, le 28e d'Uras, à peine reposés par une nuit trop courte, ils entamèrent leurs recherches dans le quartier, à la recherche... de quoi d'ailleurs ? À nouveau, Tobiah tenta d'interroger l'Orbe Ancien, et il finit par apercevoir une enseigne, ainsi qu'un objet étrange équipé d'engrenages et d'une longue-vue comme... un sextant ? Leurs recherches les menèrent tout au fond de l'Allée de l'Ombre, situé à la frontière entre le Vieux Quartier et le Quartier Ouest, dans la boutique du Sage Herboriste Kolanis. Un herboriste ? Cela devenait intéressant. Hélas, celui-ci ne semblait pas savoir grand chose de cette affaire. Il leur confirma qu'une jeune femme à la silhouette filliforme, nommée Élicia, lui avait commandé de grandes quantités de feuilles de moutarde ces dernières semaines, mais il ne semblait pas être au courant de quoi que ce soit au sujet du Monastère. Fin psychologue, Tobiah comprit vite que cet homme n'avait rien à voir dans l'affaire.
Restait le fameux Garath d'Holmgard dont la maison à plusieurs étages s'élevait un peu plus au nord, juste en face de la taverne du Prince Fedor. Il s'avéra rapidement que Garath était un grossiste, qui se contentait d'acheter des fournitures pour les revendre. A priori, il n'avait rien à voir avec ce qui était arrivé au Monastère; Mais là où Chat Silencieux ne sut s'il fallait faire confiance à ce commerçant, Tobiah se rendit compte qu'en réalité, il se moquait d'eux ! Il glissa l'information à l'oreille du Seigneur Kaï, qui revint s'imposer devant Garath, l'obligeant à leur faire visite les lieux. Hélas, Garath sut les tromper. Il s'enferma derrière une porte que Chat Silencieux fut obligé de défoncer, puis derrière une seconde auquel le Seigneur Kaï réserva le même sort... et enfin ils découvrirent une vaste salle des collections où de nombreux objets, manifestement de valeur, étaient exposés sur des socles, parmi lesquels un sextant. Mais il n'eut pas le temps d''approfondir que déjà, Garath sortait de sa collection l'un de ces fameux Fusils de Bor qu'il braqua sur lui ! Chat Silencieux s'agenouilla derrière son bouclier en criant "À terre !" à l'attention de son compagnon du Dessi, mais le fusil explosa littéralement entre les mains du commerçant qui, le visage noirci et les cheveux en arrière, se retrouva aussitôt avec la lame du Seigneur Kaï sous le menton.
Lorsque Tobiah revint avec une escouade de gardes, Garath n'eut d'autre choix que de tout avouer, ajoutant néanmoins que l'endormissement de tout le Monastère n'était évidemment pas dans ses intentions. Il voulait seulement récupérer le vieux sextant en possession du doyen Chant des Tempêtes en insistant sur le fait que cet objet lui revenait de droit. C'était peut-être vrai, mais c'était désormais l'affaire de la justice d'Holmgard.

Enfin, Chat Silencieux et son compagnon du Dessi reprirent lentement la route du Monastère à pied, qu'ils rejoignirent en 3 jours. À leur grande surprise, tout le monde les y attendait ! En effet, Sionas avait bien œuvré pour aider à la reprise, et un pigeon voyageur avait été envoyé au Monastère depuis Holmgard pour les informer de l'affaire. Chant des Tempêtes fut heureux de récupérer son sextant volé, et leur demandé s'ils avaient eu vent du livre. Quel livre ? En effet, Garath avait bien évoquyé un livre mais au cœur de l'action, nul n'y avait prêté attention. Le doyen du Monastère tenterait bien de le récupérer en traitant directement avec les autorités de la capitale.
En attendant, une grande fête eut lieu pour célébrer la résolution de cette affaire peu commune, au centre de laquelle se trouva Chat Silencieux qui, pour tout dire, était peu habitué à être à ce point mis sur le devant de la scène...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 04-03-2020

Retour en 5001 PL, cette aventure est la suite de l'épisode Dans la Forêt d'Oxalar

Xanar
Mordrum et Tobiah, maîtrisé par Chrysalid (03/04/20)

Hagalas, 5001 PL • 2 jours


Tobiah était un mage du Dessi qui aimait voyager. Depuis des décennies, il errait de royaume en royaume pour rencontrer des gens et découvrir de nouvelles cultures. Il avait déjà visité les Pays de la Storn, le Palmyrion, la Talestria, poussant même jusque dans les Montagnes de Bor, où les nains lui avaient fait bon accueil. Or, ses pas l'avaient amené, au cours de l'année précédente, dans le royaume du Sommerlund, où il avait eu l'opportunité de rencontrer un Seigneur Kaï (pas forcément très agréable) et une Sœur de l'Étoile de Cristal (encore très jeune et sans expérience). À leurs côtés, il avait vécu ses premières aventures dans le Sommerlund, un royaume de petite taille, mais fier et possédant un indéniable potentiel. En effet, vénérant Kaï, le dieu du soleil, il semblait être en confrontation directe avec les Royaumes des Ténèbres et leurs maléfiques seigneurs. Et durant les mois qui suivirent, alors même que Tobiah rencontrait d'autres étudiants de la Guilde de Toran, il comprit que si un royaume avait la capacité de repousser les armées de glocks, c'était bien le Sommerlund. Et son intuition ne le trompait que rarement. Il n'aurait pas été surpris si un beau jour, un Mage de Toran ou un Seigneur Kaï aurait trouvé comment affronter les Maîtres des Ténèbres...
Il vécut ainsi à Toran durant quelques semaines, jusqu'à ce que sa présence finisse par arriver aux oreilles du Haut Conseil de la Guilde. Et dès ce jour, les choses se dégradèrent. En effet, une vieille rivalité opposait les Membres de l'Étoile de Cristal aux Mages du Dessi, et la présence d'un tel individu ici, à Toran, ne plaisait pas du tout aux dirigeants de la Guilde. Peu à peu, les étudiants que fréquentait Tobiah se raréfièrent, et certains vinrent même le provoquer. Le Mage comprit que sa présence n'était alors plus désirée, et qu'il devrait probablement bientôt quitter ce fier royaume.
Peu après les fêtes de Fehmarn, Tobiah reprit la route. Depuis quelques temps déjà, il avait à l'esprit qu'il devrait rentrer chez lui pour faire valoir ses dernières expériences et réclamer un nouveau statut. Or, le moment était venu. De fait, il s'engagea vers le sud, quitta les frontières du Sommerlund par la contrée de Ruanon, traversa pour la première fois de sa vie le royaume de Vassagonie, dont le peuple belliqueux lui parut fort peu plaisant, pour arriver finalement après une longue route en son royaume, le Dessi. Là, il reçut son Bâton de Sorcier, symbole de son statut, et en profita pour explorer les arcanes de la Sorcellerie, une discipline qu'il ne maîtrisait pas encore totalement.
Enfin arriva le moment de son départ – et il désirait ardamment retourner en Sommerlund, car il était persuadé que la clé de la défaite des Maîtres des Ténèbres se trouvait là. Hélas, l'un de ses amis lui apprit qu'une étrange malédiction semblait être apparue dans les dernières prophéties : le nord du Sommerlund venait d'être frappé d'une malédiction. Et celle-ci s'étendait. Bien que les Mages du Dessi ne soient pas du genre à intervenir dans les affaires du monde, il sembla que ce mal était destiné à affecter les royaumes voisins... Le nord du Sommerlund ? La région de Toran donc ? Tobiah n'avait sans doute pas imaginé retourner au Sommerlund si vite, mais cette nouvelle l'inquiéta au-delà de toute mesure. Fort heureusement, il fut soutenu par ses supérieurs, qui mirent à sa disposition une Nef du Ciel, un navire volant capable de couvrir de grandes distances à une vitesse considérable. Or, au moment de son départ, Tobiah interrogea lui-même les oracles, et il réalisa qu'il aurait un rôle prépondérant à jouer dans cette affaire, mais qu'il ne pourrait y arriver seul. Il lui fallait des alliés. En poussant ses interrogations plus loin, il découvrit qu'il devrait se rendre... en Ogia ?

Quelque part au nord de la Talestria, dans une forêt frontalière avec le territoire esclavagiste d'Ogia, s'élevait le Fort Varn, une tour de guet que n'habitaient que trois gardes. En effet, le domaine d'Ogia n'était que peu actif depuis longtemps, aussi une maigre surveillance était-elle suffisante. Or, deux voyageurs s'y étaient rendus dans l'espoir de mener une enquête. Elwing et Mordrum avaient pris un repas en présence du capitaine Belkin, trop heureux d'avoir une visite, avant leur départ imminent. Or, quelle ne fut pas leur surprise lorsque, quittant la tour, ils tombèrent nez-à-nez avec Tobiah, le Mage du Dessi qui était tout aussi surpris qu'eux ! Ainsi donc, les oracles avaient poussé Tobiah à s'allier à Elwing, une jeune magicienne de Toran sans expérience du terrain qu'il avait rencontré l'année passée, et à... un nain ? À sa grande surprise, le nain le reconnut : en effet, tous deux s'étaient côtoyés lors de son voyage à Bor quelques années plus tôt. Mais Mordrum n'était alors qu'un nain parmi d'autres, et il lui fut difficile de se souvenir de lui précisément.
Quelque peu décontenancé par cette rencontre, Tobiah accepta les prophéties et vint raconter à ses deux nouveaux alliés qu'un mal venait de s'abattre sur le Sommerlund. Il n'en savait pas la nature, mais il savait qu'il devait agir. Si Mordrum ne prêta pas attention à cette nouvelle, Elwing, quant à elle, manifesta une plus grande inquiétude ; après tout, le nord du Sommerlund, c'était chez elle... Hélas, elle ne pouvait pas accompagner Tobiah dans l'instant, elle avait une mission à remplir avant tout. En effet, elle était venue ici pour enquêter sur l'Ogia, un état esclavagiste qui de tous temps avait menacé la Talestria et les royaumes voisins. Or, suite à une défaite remontant à quelques années, il semblait s'être calmé. Elwing devait s'en assurer. Quant à Mordrum, il était là pour enquêter sur la dispatition d'une arme puissante créée par son peuple et dérobée par les armées des Ténèbres.
Comprenant qu'il ne pourrait pas bénéficier de l'aide de ces deux compagnons tant qu'ils n'auraient pas remplis leurs missions respectives, Tobiah décida de les accompagner, en échange de leur aide ultérieure.

Grâce au capitaine Belkin et à ses deux soldats, les aventuriers atteignirent la frontière d'Ogia. Il les prévint de la présence d'une tour de guet proche, aussi s'y engagèrent-ils de nuit. Avec mille précautions, ils se glissèrent jusqu'à la tour de Tukor où ils repérèrent plusieurs silhouettes, dont un glock qui sortait régulièrement pour faire une ronde. Dès lors qu'il fut passé, ils tentèrent de se fondre dans les ombres et de passer inaperçus, mais un soldat dissimulé derrière les créneaux les repéra et cria l'alerte : Mordrum lui tira une charge dans la tête pour le compte, mais c'était trop tard. Deux soldats glocks et un capitaine Drakkarim quittèrent l'édifice pour les attaquer de front ! Si les glocks n'effrayèrent pas les trois aventuriers, le Drakkarim les inquiéta beaucoup plus. Mordrum lui tira une balle dans le torse alors qu'il avançait à grands pas. Tobiah lui décocha à son tour une décharge de son bâton de sorcier, qui le fit à peine chanceler. Il fallut attendre que Mordrum puisse lui tirer dessus une seconde fois pour enfin réussir à le tuer !
Mais une fois les glocks morts, les trois aventuriers comprirent que ce combat leur offrait une opportunité sans commune mesure. Tobiah pourrait se vêtir de l'armure du Drakkarim, il était assez grand pour que cela soit assez crédible. Mordrum volerait un uniforme à l'un des glocks – il lui faudrait juste trouver une astuce pour dissimuler sa barbe, quant à Elwing... sa fraîche jeunesse et sa silhouette fluette ne lui permettrait pas la moindre crédibilité si elle prenait le second uniforme glock. Alors il fut décidé qu'elle passerait pour une esclave, une esclave de grande valeur eu égard à sa beauté et sa jeunesse, sans compter la qualité hors norme de sa robe de magicienne.

Le lendemain, au petit matin, le groupe quitta alors la tour de Tukor pour traverser les collines en direction du nord. Le seul endroit où ils pourraient mener une enquête serait dans la cité de Xanar, mais comment s'y rendre autrement ? Cependant, qui viendrait à soupçonner un drakkarim accompagné d'un sous-fiffre glock et d'une esclave ?
Ils marchèrent ainsi quelques heures dans les collines ; Elwing détestait devoir marcher avec les bras attachés dans le dos et maintenue comme un chien, et elle le fit savoir de bien des façons. Ils finirent pas arriver à un campement où ils croisèrent quelques glocks accompagnés par d'étranges humanoïdes aux horribles difformités, à moins que ce ne soit des mutations ? Fort heureusement, ceux-ci s'écartèrent pour les laisser passer. L'un des glocks adressa une phrase à Tobiah, mais celui-ci lui répondit par un geste de dédain, et ils purent quitter les lieux sans être inquiétés.
Ce rapide échange mit en évidence un problème qui pourrait prendre de plus grandes proportions à Xanar : parmi eux, nul ne parlait le giak ni aucune autre langue noire. Comment passer inaperçu sans jamais échanger la moindre parole avec qui que ce soit ?

Après quelques kilomètres de marche, et un nombre de vociférations croissant de la part d'Elwing qui, la fatigue aidant, ne cessait de trébucher, ils finirent par arriver dans une grande plaine dévastée, recouverte d'innombrables campements occupés par une foule entière de glocks et autres créatures difformes, et au centre de laquelle s'élevait la terrible Xanar. Les trois aventuriers grimés traversèrent la foule jusqu'à la grande porte où, après avoir échangé sur la marche à suivre, ils s'engagèrent dans la ville en poussant leur 'esclave' sans ménagement pour paraître plus crédible aux yeux des gardes. À nouveau, Tobiah esquiva une remarque du garde de faction à l'aide d'un geste de dédain, puis tous trois de s'engager dans l'avenue principale de Xanar, peuplée de glocks, d'esclaves et autres créatures en tous genres. Hélas, ils n'avaient pas encore réglé le problème de la langue. Alors ils décidèrent de changer de stratégie. Ils allèrent se cacher au fon d'une ruelle sombre pour se débarasser de leurs déguisements. Tobiah abandonna son armure de Drakkarim et modifia son équipement pour se donner un air de mercenaire oriental, se couvrant la tête d'un turban et salissant ses vêtements pour avoir l'air plus crédible. Mordrum, quant à lui, laissa tomber ses braies de glock et accentua son aspect de mercenaire en se salissant le visage. Il ne passerait pas pour autre chose qu'un nain de toutes façon, ne restait plus à espérer qu'ils arriveraient à être assez crédibles... Quant à Elwing ? L'adolescente ne pourrait de toutes façons pas se faire passer pour autre chose, alors elle resterait ligottée comme esclave... Puis tous trois, le cœur battant, retournèrent dans l'avenue principale et se mêlèrent à la foule de créatures. Peu à peu, ils réalisèrent qu'on les observait avec surprise...

Plus loin, ils repérèrent ce qui ressemblait à une taverne glock, un lieu d'ordinaire peu recommandable, mais avaient-ils le choix, s'ils souhaitaient trouver des contacts ? Alors ils s'y engagèrent et, ignorant les visages marqués de stupeur qui se posèrent sur eux, allèrent s'asseoir à une table en prenant des airs de fière arrogance.
Autour d'eux, les occupants reprirent leurs conversation en se désintéressant d'eux, alors même que les aventuriers tentaient de jouer leurs rôles. Mordrum ne parvint pas à être assez crédible dans le rôle du 'méchant vendeur d'esclave', mais Tobiah, bien plus crédible, parvenait régulièrement à le rabaisser comme s'il était son serviteur personnel. La jeune mage à la robe bleue n'avait guère de rôle à jouer, car elle détestait cette situation de plus en plus à mesure que le temps passait, au point qu'elle en vint à détester ses deux compagnons. Ils la traitaient véritablement comme si elle était leur esclave, et même s'ils retenaient leurs coups lorsqu'ils faisaient mine de la brusquer quelque peu, elle n'avait pas l'habitude d'être traitée de la sorte.
Un rapide échange avec le tavernier difforme qui tenait les lieux leur permit de comprendre qu'il ne pourrait leur être d'aucune aide. Puis survint dans la salle un gradé Drakkarim qui posa sur eux un regard sévère. Il retira son heaume, dévoilant un visage dur, un cou de taureau et un regard bestial. Sa peau était abîmée par le temps et son crâne chauve était constellé de cicatrices. C'était donc cela, un Drakkarim ? Ressemblaient-ils tous à cela ? Elwing ne put cacher sa surprise.
Le gradé s'approcha d'eux et leur demanda ce qu'ils faisaient ici, il ne les avait jamais vu auparavent. Tobiah lui répondit qu'ils étaient là pour vendre "ce joli p'tit lot", en désignant Elwing, car elle était très belle et encore intacte, et qu'il espérait en tirer un bon prix. La jeune femme grimaça en entendant ces mots d'une cruelle vulgarité, 'encore intacte', mais elle serra les dents sans pouvoir s'empêcher de maudire tout ce qui l'avait menée dans cette ville maudite. Le Drakkarim la regarda et son regard se durcit encore. Il demanda à en voir plus, et Elwing se mortifia. Sans se démonter, Tobiah accepta pour peu qu'il allonge la monnaie. Le Drakkarim jeta une pièce d'or sur la table, "pour voir", et il attendit. Alors, sous le regard horrifié de la jeune magicienne, le mage du Dessi se leva vers elle et, lui empoignant le décolleté d'une main ferme, lui arracha son corsage avec force, faisant sauter toutes les couture et les boutons de sa robe jadis splendide. Pétrifiée, elle se retrouva alors seins nus face à cette énorme brute au regard invasif, qui détailla chacune de ses courbes, la pureté de sa blanche peau et les promesses de sa poitrine encore jeune. La scène, qui ne dura pas plus de quelques secondes, parut une éternité à Elwing. Enfin, Tobiah la recouvrit en indiquant au Drakkarim qu'il en avait assez vu. S'il la voulait, il devrait payer.
Alors le capitaine répondit qu'elle vaudrait certainement 50, voire 60 pièces d'or, et il exigea qu'on la lui réserve pour la prochaine vente aux esclaves. Tobiah et Mordrum acceptèrent à la condition qu'il leur donne une information dont ils avaient besoin. Le nain lui parla alors du fameux fusil à deux canons et quatre coups qui avait été volé dernièrement à Bor, et dont il souhaitait savoir ce qu'il était devenu. Le Drakkarim ne savait rien au sujet de cet objet, mais il savait qui pourrait les renseigner.
Le rendez-vous fut donné au marché aux esclaves qui serait organisé le lendemain au soir.

Un peu plus tard, lorsque tous se retrouvèrent dans une chambre de l'auberge, Elwing exigea aussitôt qu'on lui retire ses liens, puis elle explosa de colère envers ses deux geôliers et tous les traitements qu'elle avait subis depuis qu'ils étaient entrés dans ce pays maudit, hurlant sa frustration d'avoir été traitée littéralement comme n'importe quelle esclave ! Conscients d'avoir dû dépasser certaines limites – dans le but de ne pas briser leur couverture toutefois – Tobiah et Mordrum la laissèrent crier tant ils savaient qu'ils méritaient sa colère...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 04-10-2020

Les esclavagistes
Mordrum, Elwing et Tobiah, maîtrisé par Chrysalid (09/04/20)

Hagalas, 5001 PL • 2 jours

Dans une petite chambre à trois lits d'une quelconque auberge de Xanar, au 18e jour d'Hagalas 5001, Elwing hurlait tout ce qu'elle pouvait contre ses deux compagnons de voyage et la façon dont elle avait été traité depuis la veille au matin. Ligottée, trainée à travers les terres d'Ogia, insultée, traitée en esclave, jetée en pâture aux yeux immondes d'un seigneur Drakkarim, voire même à toute l'auberge, et pire encore, sa somptueuse robe bleue déchirée sans la moindre considération ! C'était plus qu'elle n'en pouvait supporter. Durant un temps qui leur parut interminable, elle les insulta sans qu'ils ne lui répondent quoi que ce soit, se contentant de la laisser vider son fiel jusqu'à ce qu'elle se fatigue elle-même.
Durant la nuit qui suivit, et au cours de la journée du lendemain, ils demeurèrent enfermés dans la chambre – Mordrum devait s'occuper de ses blessures, et tous devaient mettre au point une nouvelle stratégie pour la rencontre prévue ce midvoka au soir. Il fut rapidement décidé qu'Elwing, en tant qu'esclave, resterait à l'auberge, "enfermée" dans la chambre, tandis que Tobiah et son "serviteur" Mordrum iraient visiter le marché aux esclaves prévu ce soir. À la fois énervée d'être à nouveau cantonnée au rôle de la jeune esclave, et soulagée de ne pas devoir être confrontée directement au peuple local, elle se résigna. L'idée serait surtout d'amener le Drakkarim ici même à l'auberge, et de le droguer à l'aide d'une herbe du sommeil que Tobiah avait dans ses affaires (voir l'épisode Retour au Monastère).
Le mage et le nain arrangèrent à nouveau leurs frusques pour avoir l'air de mercenaires sans pitié, puis ils quittèrent l'auberge. Il ne fut pas difficile de trouver le lieu du marché, car toute la ville s'y rendait. Drakkarim suivis par leurs sbires glocks, créatures difformes aux odeurs infectes, investisseurs étrangers venus de diverses contrées, cette fois-ci, le mage et le nain se sentirent un peu moins dévisagés par les autochtones.
La place du marché, vaste, était noire de monde. Les deux aventuriers durent jouer des coudes pour se glisser jusqu'à une première estrade où un homme au regard cupide vendait des jeunes gens de belle constitution – un humain qui vendait des humains, Mordrum ressentit une profonde aversion pour ce personnage. Un peu plus loin, ils aperçurent une estrade sur laquelle défilaient des jeunes filles de toute beauté, à peine vêtues de guenilles déchirées. Ici, les prix dépassaient aisément les 100 pièces d'or, montant bien au-delà de la somme proposée la veille pour Elwing ; Tobiah et Mordrum échangèrent des regards entendus. Puis ils réalisèrent que si Elwing avait dû être vendue sur ce marché, ç'aurait certainement été chez ce vendeur. Alors ils décidèrent de rester ici assez longtemps – si leur Drakkarim devait venir, il se montrerait certainement à cette estrade en particulier. Hélas, au bout d'une bonne demi-heure sans le voir, le nain finit par se demander s'il n'y avait pas une embrouille quelque part. Flairant quelque chose, il proposa de rentrer à l'auberge ; le Drakkarim n'aurait-il pas profité de leur absence pour enlever leur jeune amie ? Il fut aussitôt décidé de retourner à la chambre.
Mais au retour, Mordrum repéra un peu plus loin un groupe d'esclaves quitter la place du marché, escortés par une escouade de mercenaires. Or, il vit une naine parmi les captifs ; cette seule vision le figea sur place, les yeux écarquillés ! Une naine ? En regardant un peu mieux autour de lui, il remarqua qu'il y avait quelques nains parmi les pauvres ères vendus sur les estrades. Pire encore, il repéra quelques nains... parmi les esclavagistes. Un élan s'empara de lui, tandis que, les yeux écarquillés, il sembla vouloir libérer l'inconnue, mais il fut stoppé par Tobiah, dont les pouvoirs venaient de lui souffler que s'ils se lançaient dans cette entreprise, ils ne pouvaient récolter que des ennuis, et que cela ne rapporterait rien à leur enquête. Dévasté, Mordrum se jura de rentrer à Bor pour prévenir les autorités de son pays de ce qui se passait ici, afin qu'une grande armée de nains se réunisse pour venir raser cet endroit abject ! Tobiah eut tout le mal du monde à lui rappeler l'urgence du moment puis, lorsqu'enfin il parvint à capter son attention, tous deux retournèrent à l'auberge où ils retrouvèrent Elwing, à leur grand soulagement.
Pendant un moment, les trois aventuriers crurent que le Drakkarim les avait oublié, ou qu'il était passé à autre chose, d'où son absence supposée du marché aux esclaves – en vérité, ils n'y avaient pas passé beaucoup de temps, et n'avaient observé que peu d'estrades pour véritablement être certains qu'il n'y était pas venu. Peu à peu, Elwing et Mordrum commencèrent à évoquer l'idée de quitter cet endroit au plus vite. Bien que leurs missions respectives n'aient été que partiellement remplies, tous deux refusaient catégoriquement de rester plus longtemps en ces lieux monstrueux.
Mais comme la nuit était venue, le nain et le mage s'en allèrent manger tout en laissant Elwing enfermée dans la chambre, ne serait-ce que pour maintenir leur couverture auprès des occupants de l'auberge.
C'est à cet instant que quatre imposants Drakkarim débarquèrent dans la salle à manger, dont leur contact de la veille. Celui-ci les accusa de ne pas être venus au marché, ce que Tobiah réfuta sans se démonter. Puis d'indiquer qu'Elwing lui avait bien été réservée et qu'elle attendait gentiment dans la chambre. Imperturbable, le Drakkarim leur jeta une bourse de 60 pièces d'or sur la table en les informant qu'il irait "essayer la marchandise" pendant qu'ils les laisserait avec ses trois compagnons – l'un d'eux avait des informations pour eux. Imperturbable, Tobiah lui donna la clé de la chambre alors même que Mordrum se décomposa sur place. Et ils devraient tous deux rester là à faire causette pendant qu'un drame allait se dérouler à quelque pas ? Il suivit du regard le guerrier en armure alors que celui-ci s'engouffrait dans le couloir. Tobiah lui glissa qu'il leur faudrait faire confiance à Elwing, ils n'avaient pas le choix.
Une fois que le Drakkarim eut disparu dans la chambre, ses trois compagnons échangèrent grassement sur ce qui allait se passer, puis ils discutèrent avec Tobiah, celui-ci menant pratiquement la conversation alors même que Mordrum en fut incapable. Ils leur apprirent que l'arme naine était bien passée par ici, à Xanar, apportée par le Général Gamorr et ses glocks. L'un des trois Drakkarim le savait car il travaillait souvent avec le nadziranim Shiznagh, un scientifique qui développait du matériel pour l'armée des Maîtres des Ténèbres et pour l'armée d'Ogia, qui peu à peu se relevait en vue d'une nouvelle attaque massive contre les royaumes voisins. Or, Shiznagh avait eu cette arme entre les mains pendant quelques jours dans le but d'en fabriquer d'autres.
Bien que cette conversation fut des plus instructives, Mordrum ne parvint pas à écouter quoi que ce soit. Il ne cessait d'imaginer ce qui était en train de se passer dans la chambre d'Elwing. Finalement, n'y tenant plus, il prétexta de devoir aller aux toilettes, et disparut dans le couloir sans que personne ne se doute de rien.

Lorsque le Drakkarim entra dans la chambre, Elwing se mortifia. Sa silhouette imposante se découpant dans l'entrebaillement de la porte, rehaussée par une armure puissante aux nombreux ornements guerriers, aurait terrifié n'importe qui. La jeune fille de 17 ans tout juste était paralysée, elle perdit littéralement le contrôle de ses paroles et, alors qu'elle tentait de lui proposer une chope de bière afin de détendre l'atmosphère "avant de commencer", elle ne parvint qu'à bégayer maladroitement. Elle ne jouait pas la comédie, elle était véritablement paniquée. Le Drakkarim ignora ses paroles et ferma la porte à clé, puis se dirigea vers elle sans véritablement la regarder. Il la voyait, mais ne semblait pas avoir plus de considération que s'il avait fixé un objet, ou un morceau de viande. Il lui attrapa le bras avec vigueur, et la jeune fille tenta de faire appel à sa magie, en vain. Le guerrier lui arracha son corsage, lui arrachant un cri. Elle tenta à nouveau de faire appel à sa magie, et cette fois, sous l'effet d'une Prompte Amitié, le geste du Drakkarim s'interrompit, et ses yeux se posèrent enfin sur elle. À présent, il la voyait, et ne se sentait plus du tout capable de lui faire de mal.
Toute tremblante, elle lui proposa de s'asseoir sur le lit pour échanger avec elle une chope de bière. Docilement, il en but une grande lampée alors même qu'Elwing fit mine d'en boire un peu. Il résista un moment, et finit par s'effondrer en ronflant bruyamment. Lorsqu'elle quitta la chambre, exultante de bonheur, elle fut attrapée par Mordrum qui arrivait juste. Il la repoussa à l'intérieur pour éviter que les compagnons du Drakkarim ne l'aperçoivent, et constata qu'elle avait réussi. Alors il n'hésita pas un instant et empoigna sa hache pour trancher la gorge du guerrier ennemi. Enfin, il ouvrit la fenêtre pour que la jeune fille puisse s'enfuir par la cour intérieure, mais non sans lui avoir couvert les épaules avec une couverture, sa robe bleue ayant été tellement déchirée depuis la veille qu'elle ne couvrait plus grand chose.
Dès qu'elle fut dehors, le nain referma la fenêtre et retourna auprès de Tobiah et des trois Drakkarim en faisant mine de revenir des toilettes. Il montra à son ami du Dessi la bourse d'or qu'ils avaient empochée, et lui rappela qu'ils avaient obtenu les informations qu'ils étaient venus chercher. Dès à présent, plus rien ne les retenait ici. Les Drakkarim acquiescèrent et commandèrent une autre bière, le temps que leur acolyte "en finisse", ce qui, apparemment, pouvait prendre un moment.

Tobiah et Mordrum retrouvèrent Elwing dans la cour intérieure et prirent un long moment pour discuter de la suite des évènements. Elwing désirait ardamment quitter Xanar, de même que Mordrum que les dernières découvertes semblaient avoir brisé. Il sembla même se contenter des maigres informations que Tobiah avait récolté à sa place. Le mage du Dessi, quant à lui, insista pour exploiter cette piste alors même qu'il n'était pas venu pour ça. Mais pourquoi négliger une piste encore chaude ?
Une nouvelle stratégie fut mise en place. Ils retournèrent dans la ruelle où ils avaient abandonné leurs déguisements la veille, et Tobiah remit l'armure du Drakkarim. Par contre, Mordrum et Elwing se déguisèrent tous deux en esclaves – le nain ne pouvait décemment pas se faire passer pour un glock ici, en pleine ville. Quant à la robe bleue d'Elwing, elle était bien trop voyante pour qu'elle la garde sur elle. Sans compter que dès l'instant où le meurtre du Drakkarim viendrait à être découvert, ils seraient tous trois recherchés comme meurtriers et fugitifs...

La nuit était tombée. L'étrange trio se lança alors dans les rues de Xanar, mené par un Drakkarim portant un fusil de Bor, un bâton du Dessi et une hache, suivi par un nain presque nu et une jeune fille à peine vêtue d'une couverture. Ces derniers avançaient voûtés, comme s'ils obéissaient aveuglément à leur maître tout puissant. Ils trouvèrent sans problème le bâtiment qu'ils cherchaient. Le garde à l'entrée s'inclina lorsqu'il vit le Drakkarim s'approcher, et lui indiqua où trouver Shiznagh. Quelques couloirs plus loin, ils rencontrèrent enfin le fameux inventeur nadziranim, enfoncé jusqu'au cou dans des plans du fusil de Bor qu'on l'avait chargé de reproduire. Il leur raconta que le général Gamorr était venu plus tôt avec cette arme mais qu'il ne la lui avait laissée que quelques jours, bien trop peu pour qu'il ait véritablement le temps de l'étudier. De là à la reproduire... Tobiah eut une idée : il ordonna à Shiznagh de s'écarter pour laisser son "nain domestique" jeter un œil à ses croquis ; il aurait certainement quelques conseils à lui donner pour qu'il puisse mener sa tâche à bien. Ainsi fut fait, et Mordrum eut tout loisir de visiter l'atelier à la recherche de la moindre information qu'il pourrait dégoter. Et la pêche fut bonne, car il découvrit que Gamorr rassemblait une armée dans un seul but : il voulait attaquer le Sommerlund dans les jours à venir, et cette arme devait l'y aider. Cette mission imprévue rejoindrait-elle finalement celle que Tobiah s'était octroyée ?

Une fois dehors, les trois compères échangèrent sur la suite des évènements. Prévenir les autorités du Sommerlund ? C'était bien trop loin ! C'est alors que Tobiah leur parla de la Nef du Ciel, le bâtiment grâce auquel il était venu quelques jours plus tôt. Évidemment, la première difficulté serait de la rejoindre hors des frontières d'Ogia.

Ils quittèrent la citadelle où travaillait Shiznagh et descendirent la longue avenue en direction de la porte sud de la ville, par laquelle ils étaient entrés. Hélas, bien que les rues fussent moins peuplées à cette heure de la nuit, ils croisèrent quelques escouades de glocks en patrouille. Ils tentèrent bien de paraître crédibles dans leurs rôles respectifs, mais ce ne fut pas une mince affaire. De prime abord, Elwing eut bien du mal à se tenir voûtée tout le trajet. Par moment, elle reprenait sa démarche naturellement aérienne, et il sembla qu'un glock le remarqua. Tobiah tenta bien de lui mettre une "violente" claque pour qu'elle se "souvienne de sa place", mais il ne fut pas plus crédible. Plus loin, ils comprirent qu'ils étaient suivis. Et lorsqu'ils arrivèrent en vue de la porte sud, un contingent entier de glocks les y attendait.
Pendant un instant, ils envisagèrent de continuer tout droit en sortant leurs armes pour commencer à canarder en tous sens, mais un rugissement résonnant dans les rues interrompit tout ce beau monde. Les glocks se figèrent et s'éparpillèrent dans les rues alentours, tandis qu'un énorme reptile humanoïde armé d'une impressionnante hache, un GOURGAZ, venait leur barrer la route. Tobiah et ses "esclaves" échangèrenr des regards entendus : la stratégie ne changerait pas. Il redonna ses armes à Mordrum et dégaina son propre Bâton de Sorcier, et tous de canarder le monstre sans délai. L'artilleur nain le toucha à l'épaule, puis il empoigna sa hache. Le mage lui décocha une décharge d'énergie qui, à la surprise générale, lui explosa violemment sur le torse. Mais le monstre s'avançait toujours. Elwing recula derrière ses deux compagnons et se protégea derrière un Bouclier Insivible de Déflexion. Lorsque le reptile arriva sur eux, il porta un violent coup de hache au nain qui eut l'impression d'être littéralement coupé eu deux. Mais il tint bon. Tobiah frappa et frappa encore, insuflant toute sa volonté dans son bâton. Chaque coup était accompagné d'une violente explosion qui le surprenait lui-même. La dernière explosa littéralement sur le torse du monstre qui fut projeté en arrière sous la violence du choc ! Celui-ci s'affala, inerte, au point que tous les glocks alentours poussèrent de grands cris de stupéfaction ! Mais le temps qu'ils ne s'organisent et ne se rassemblent pour attaquer les étrangers, ceux-ci étaient déjà loin...

Avatar du membre
Chrysalid
Amanuensis
Messages : 267
Enregistré le : 10-04-2010
Localisation : Metz, France, Terre
Contact :

Re: [Chroniques] Nos aventures en Magnamund

Messagepar Chrysalid » 04-19-2020

Le Calice de Barrakeesh
Chat Silencieux et Tobiah (19-avr-20)

Ingwas 5000 PL - Perthro 5001 PL

Tobiah, le mage errant venu du Dessi, avait passé quelques jours au Monastère de Kaï où il avait pu converser avec de nombreux étudiants au sujet de leur religion, de leur patriotisme et de leurs fameuses disciplines. Durant tout ce temps, le mage Sionas avait patiemment attendu que les spécialistes pussent à loisir étudier l'Orbe Ancien trouvé dans les souterrains d'Yrsonor (que Tobiah n'avait rendu qu'avec regrets), participant lui-même aux conciles, apportant ainsi son expertise éclairée. Finalement, au bout d'un mois, les Maîtres décidèrent que l'Orbe serait envoyé à l'école de Toran, dans la Guilde de l'Étoile de Cristal, où des spécialistes versés dans les Arts de la Magie donneraient leurs propres conclusions sur cet artefact.
C'est ainsi que, le 3e jour d'Ingwas, alors que le froid de l'hiver s'étendait lentement sur le pays, un petit groupe composé de Sionas d'Yrsonor, de Tobiah du Dessi et d'un jeune Seigneur Kaï en formation quittèrent les murs du monastère pour escorter l'Orbe jusqu'à Toran.

Dès ce jour, Tobiah demeura à Toran afin d'apprendre ce qu'il pouvait sur la magie telle qu'elle était pratiquée ici. En maintes occasions, il put rencontrer divers étudiants autour d'une choppe afin d'échanger sur leurs visions de la magie, assez divergentes. Il découvrit alors que la prétendue rivalité séculaire qui existait entre les mages de Toran et ceux du Dessi ne semblait pas affecter les plus jeunes. Au milieu de ces jeunes, il rencontra une amie de Chat Silencieux nommée Lorelei.
Cette situation dura quelques semaines au cours desquelles il fit de nombreuses rencontres des plus agréables. Mais au bout d'un certain temps, sa présence dans la ville parvint aux oreilles des Maîtres de la Guilde, qui ne la virent pas d'un bon œil. Qu'un mage du Dessi vienne passer quelques jours à Toran était déjà une chose, mais qu'en plus il pactise avec leurs propres élèves, cela relevait de l'ingérence pure et simple ! À la mi-Ehwas, il fut remis en place par l'un des responsables et dès ce jour, dut se faire plus discret. Il prit quelques jours pour dire au-revoir aux étudiants avec qui il avait sympathisé, puis, peu après les fêtes de Fehmarn, décida de quitter la ville. Depuis un certain temps, il envisageait de rentrer au Dessi pour faire valoir ses nouvelles expériences, peut-être le moment était-il venu...

Le liodag 3e de Berkano, Tobiah quitta ainsi la belle et grande ville de Toran et se dirigea vers le sud. Le 8e de Berkano, il arriva au Monastère de Kaï où il vint dire adieu aux amis qu'il s'y était fait, parmi lesquels Chat Silencieux, quoi que celui-ci puisse en dire. En apprenant son départ vers le sud, le Maître Corbeau Sage lui demanda si Barrakeesh était sur sa route – le mage du Dessi n'ayant jamais traversé la Vassagonie, il envisageait effectivement de prendre cette itinéraire. Corbeau Sage fut enchanté de cette nouvelle, et dans la foulée, donna à Chat Silencieux pour mission de se rendre au Palais de Barrakeesh pour remettre un parchemin à Zanim Cheloum, une vieille connaissance à lui. Le jeune Seigneur Kaï accepta de mauvaise grâce, car il n'avait jusqu'alors jamais quitté les frontières du Sommerlund. Il n'avait néanmoins guère le choix.
Curieusement, il sembla cette fois-ci que la présence de Tobiah l'incommodait un peu moins.

Les deux aventuriers se rendirent alors à Holmgard qu'ils atteignirent le 13e de Berkano. Là, ils prirent une cabine à bord de l'Hydre Bleue, un navire marchand en partance vers le sud. Le départ eut lieu le lendemain à la première heure.

Le voyage fut long, et les tempêtes, bien qu'occasionnelles, furent parfois violentes, au point que Chat Silencieux et Tobiah en subirent de lourdes conséquences. Il parcourrut ainsi plus de 2620 kilomètres en 36 jours de voyage, longeant les côtes des Terres Sauvages, et contournant le Durenor, avant d'atteindre enfin la magnifique cité de Barrakeesh le 19e jour de Perthro. Et c'est avec la clarté d'un soleil de printemps que les deux voyageurs posèrent leurs yeux pour la première fois sur les splendides dômes d'or et les minarets majestueux qui surplombaient le port. Le Seigneur Kaï demanda des conseils à un habitué des lieux appelé Premo Dihil afin d'éviter toute erreur culturelle par simple méconnaissance des tradutions locales. Il fut surpris d'entendre qu'il ne fallait pas regarder les femmes dans les yeux...
Lorsque l'Hydre Bleue accosta, une escouade entière de soldats enturbannés, des "Sharnazim", vint interroger chaque voyageur pour connaître la raison de leur présence à Barrakeesh. Évidemment, l'uniforme de Chat Silencieux les interpela mais lorsqu'il exhiba le parchemin cacheté de son Monastère destiné à Zanim Cheloum, le Sharnazim l'informa qu'il l'escorterait personnellement jusqu'au Palais.

Ainsi fut fait, et les deux voyageurs furent menés directement au bâtiment le plus fastueux de toute la ville, visible même depuis le port. Ils suivirent donc le Sharnazim à travers les rues fastueuses de la cité d'or jusqu'au palais où, après avoir attendu dans une salle remplie de riches tentures et de coussins brodés de fil d'or, ils rencontrèrent enfin le fameux Zanim Cheloum – celui-ci était en réalité un proche conseiller du Zakhan. Zanim maîtrisait aisément le Sommlend et fut amusé de constater que son vieil ami Corbeau Sage lui avait envoyé un apprenti. Il lut le message avec intérêt puis remercia les voyageurs d'avoir effectué un tel trajet. Enfin, ils discutèrent des affaires en cours, puis Zanim observa les deux étrangers avec l'air pensif, avant de les abandonner quelques instants. Lorsqu'il revint, il leur parla d'un problème urgent pour lequel ils pourraient l'aider. Le Seigneur Kaï et le mage du Dessi échangèrent des regards intrigués, puis Zanim les mena rencontrer le Grand Zakhan Abdallah lui-même. Celui-ci, sur la suggestion de Zanim, accepta de leur parler d'une enquête urgente qui, si elle n'était pas suivie d'effet, l'obligerait à exécuter tous les occupants du Palais car tous étaient suspects. Et cela incluait Zanim lui-même.
Le Zakhan leur parla d'un mariage devant se dérouler 3 jours plus tard entre le jeune Izdaram, son propre neveu, et Naïama de Teph, la fille d'un seigneur avec qui une alliance était nécessaire. Or, le fameux Calice des Unions, indispensable relique employée au cours de tous les mariages depuis des générations dans sa famille, venait tout juste d'être volé. Il avait fait exécuter les gardes qui avaient failli à leur tâche mais il restait à retrouver le Calice lui-même. Et ce, avant 48 h ! Durant l'entretien, le Zakhan fut le seul à parler. Les deux étrangers se contentèrent d'acquiescer, ayant bien compris qu'ils traitaient avec un individu qui n'acceptait aucun refus. L'affaire vut entendue, et l'enquête commencerait immédiatement.

Pour commencer, Tobiah demanda tous les détails à Zanim concernant les suspects potentiels, tous ceux qui auraient intérêt à empêcher ce mariage. Il fut question de Kilij mais cette piste ne sembla guère convaincante. De son côté, Chat Silencieux préféra se concentrer sur les lieux du vol pour y récolter des indices. Le Calice avait été volé dans la salle des trésors, un lieu qui contenait en tout et pour tout une douzaine de reliques appartenant au royaume ou à la famille du Zakhan, et dont un piédestal était vide. Il remarqua que le socle avait été légèrement déplacé récemment, mais rien d'autre qui ne sembla pertinent.

En poussant ses investigations, le Seigneur Kaï finit par remarquer qu'une dalle de verre avait été déplacée et mal remise en place, sur le vitrail qui surplombait le socle du Calice. Alors tous trois se rendirent à l'extérieur, dans les jardins du Palais, où Chat Silencieux commença à grimper au mur en s'accrochant aux briques proéminentes. Il prouva ainsi que le Calice avait été volé par quelqu'un d'extérieur au Palais, mais que pour le retrouver, il leur faudrait un autre angle d'attaque...

Ensuite, tous trois se rendirent chez le futur marié, Izdaran, et les deux étrangers furent surpris de rencontrer un jeune homme de 15 ans à peine, malingre et entouré de piles de livres digne d'un bibliothécaire. Ils discuttèrent avec lui du mariage – il maîtrisait assez bien le commun du nord – et il sembla accepter cette union purement politique car c'était son devoir. Seuls Chat Silencieux et Tobiah semblaient choqués par ces traditions dans lesquelles les parents choisissaient les époux avant même leurs naissances. Mais Izdaram ne s'en formalisait pas, tout était normal pour lui. Même Zanim fut surpris de ces questions ; pour lui, cette façon de faire était normale.
Puis Tobiah prit Chat Silencieux à l'écart pour lui glisser à l'oreille que tout sonnait faux, dans ce discours que le jeune homme récitait comme une leçon bien apprise. En outre, il avait remarqué qu'Izdaram n'avait jamais croisé le regard de Zanim. Alors ils tentèrent quelque chose. En élevant légèrement la voix, ils prétendirent (en Sommlend) qu'Izdaram était bien le voleur. Ils remarquèrent l'adolescent se raidir, preuve qu'il comprenait bien le Sommlend. Cela leur permettrait de lui parler sans que Zanim ne le comprenne. Cependant, ils auraient besoin d'une vraie conversation avec lui, et en privé ! Alors Tobiah affirma devoir retourner dans les jardins pour mener une recherche approfondie, prétextant avoir besoin de l'aide de Zanim, qui l'accompagna en grimaçant, manifestement contrarié de devoir laisser Izdaram seul avec un étranger. À peine ceux-ci furent-ils dehors que le jeune homme se lâcha : non, il ne voulait pas de ce mariage avec une jeune fille qu'il ne connaissait pas du tout. Lui était un amoureux de la culture et des livres, et ce mariage ne lui permettrait pas de vivre la vie qu'il voulait. Peu à peu, Chat Silencieux parvint à lui faire avouer qu'il avait effectivement organisé le vol du Calice. Hélas, les menaces du Zakhan sur la vie de tous les employés du Palais pesaient désormais sur sa conscience. Izdaram lui avoua qu'il avait engagé un certain Shamaïr, rencontré par l'intermédiaire du restaurant Le Glaive et le Luth. Hélas, pour racheter le Calice, il faudrait certainement le lui payer une fortune. Le jeune homme donna une bourse de 2 000 pièces d'or et, avec un déchirement évident, lui donna aussi un livre qu'il enveloppa dans un carré de soie.
Enfin, Chat Silencieux quitta le Palais et alla chercher Tobiah dans les jardins, lui proposant d'aller chercher un lieu pour dormir cette nuit.

Une fois débarassés de Zanim, ils purent échanger leurs informations et partirent en quête du fameux Shamaïr. Ils mangèrent au restaurant Le Glaive et le Luth et demandèrent au chef, malgré la barrière de la langue, comment rencontrer Shamaïr. En guise de réponse, celui-ci leur désigna une plaque d'égoût dans la rue en répétant "Bagadarooz".
Enfin, tard dans la nuit, Tobiah et Chat Silencieux s'enfoncèrent dans les égoûts de la ville en quête d'une cachette, mais tout ce qu'ils trouvèrent fut un Plaakh embusqué qui les attaqua avec violence. La créature s'aggripa au visage du mage et malgré ses tentatives, le jeune maître Kaï ne parvint pas à le lui retirer. Le combat sembla désespéré, lorsqu'une silhouette survint, projeta Chat Silencieux sur le côté – le cho l'assoma – avant de se pencher sur Tobiah...

Tous deux s'éveillèrent quelques 12 heures plus tard, allongés dans un hammam, à peine vêtus d'un drap autour de la taille. Topbiah avait mal au visage et Chat Silencieux avait une douleur lancinante à l'arrière du crâne. Ils surmontèrent ces difficultés et quittèrent la pièce pour traverser tout un institut où des clients nombreux baignaient dans des eaux chaudes ou se faisaient masser par de belles femmes. Un servant vint à leur rencontre et les mena à une salle où leurs vêtements et équipements sêchaient auprès d'un feu de cheminée. Or, à peine eurent-ils fini de se rhabiller qu'un homme à la moustache arrogante et aux longs cheveux noirs vint les accueillir dans un commun du nord très partiel. C'était Shamaïr lui-même, et celui-ci comprit bien la situation. Il semblait même s'y être attendu. Par contre, il affirma pouvoir revendre le Calice au moins 10 000 Couronnes d'or. Il ne le leur rendrait pas pour moins de 6 000. Chat Silencieux lui donna les 2 000 pièces et le fameux livre, que Shamaïr identifia comme un trésor inestimable du fait de ses illustrations magnifiques à chaque page. Il entendit bien qu'Izdaram avait dû faire un lourd sacrifice pour s'en séparer, mais c'était à ses yeux une épreuve nécessaire pour qu'il puisse comprendre son rôle dans cette affaire, et les responsabilités qui l'incombaient. C'est ainsi que l'on grandit. Chat Silencieux fut surpris par la philosophie du personnage, qui n'avait a priori rien d'un vulgaire voleur.
En échange de ce trésor, il leur donna le Calice, et leur proposa de venir profiter de son institut s'ils venaient à repasser dans le quartier un jour futur.

De retour au Palais, Tobiah et Chat Silencieux prétendirent avoir pisté le voleur jusqu'à son antre. Ce vol n'était que le fruit d'un hasard, et le voleur avait fini avec l'épée dans le gosier. Cela n'était nullement le fruit d'un complot politique. Le Zakhan accepta leurs explications avec circonspection, mais il ajouta que, s'il les remerciait grandement pour leur efficacité, il leur demandait de quitter son pays et de ne jamais y revenir. En effet, il se contenterait de ces explications même s'il avoua ne pas y prêter beaucoup de crédit.

De fait, ils quittèrent le Palais du Zakhan sans un mot et rejoignirent l'Hydre Bleue au plus vite, espérant ne plus remettre les pieds dans ce pays...

Le soir même, le navire reprenait sa route vers le sud. L'affaire aurait pu se terminer là, mais le soir même, le Seigneur Kaï repéra une silhouette se glisser entre deux coursives. La prenant en chasse, il tomba nez-à-nez avec... Izdaram !


Retourner vers « Aon »